Comment Caritas aide en Syrie

Caritas Syria staff visiting a family in Tartous

Pour fuir les militants de l’État islamique, Fowziah Daher, veuve et mère de quatre enfants, a dû se cacher seule dans une oliveraie, en Syrie.

Elle et sa famille venaient de trouver refuge dans une ferme quand ces militants ont débarqué. Elle a tout de suite dit à ses enfants de courir loin sans l’attendre. La famille venait d’arriver à pied d’un autre refuge. Pour sa part, elle se sentait trop fatiguée pour courir.

« Je leur ai promis de les rejoindre dès que je pourrais », dit Fowziah. Ses enfants ont ainsi fui, et Fowziah est allée se cacher dans cette oliveraie. Malgré les balles qui lui sifflaient aux oreilles, elle a survécu en se couchant au ras du sol et en mangeant des olives tombées à terre.

« Je passais le temps à prier pour que mes enfants soient en sécurité et pour que je puisse les revoir », dit-elle. Après la fin des combats, Fowziah a fait de l’auto-stop et un motard l’a amenée jusqu’à un refuge de la zone, où elle a retrouvé toute sa famille.

« On avait perdu espoir de la revoir en vie », dit Hiba, sa fille. « Quand on l’a vue entrer dans la pièce, on a commencé à rire et pleurer en même temps. On l’a serrée plus fort que jamais. »

La famille, qui a été contrainte de se déplacer 18 fois suite aux violences durant la guerre civile en Syrie, fait partie des 6,1 millions de déplacés internes que compte le pays.

Cette guerre qui entre dans sa huitième année est l’une des pires catastrophes humanitaires de l’histoire humaine. La plupart des experts internationaux s’accordent pour dire qu’au moins 500 000 personnes sont mortes dans les violences.

Les Nations Unies estiment pour leur part que 13,1, millions de personnes dépendent à présent de l’aide humanitaire à l’intérieur du pays, dont 5,6 qui en ont un besoin urgent.

Fowziah et sa famille sont maintenant rentrés à leur domicile à Alep, où ils vivaient avant la guerre, est qui a retrouvé un certain calme.

Caritas Syria staff regularly visit Fowziah in her home,.

Fowziah

« Les travailleurs de Caritas ont commencé à me rendre régulièrement visite chez moi », ajoute-t-elle. « Ils nous ont offert toute l’aide possible, pour nous permettre de bien nous réinstaller. »

Caritas fournit une assistance aux Syriens, indépendamment de leur appartenance ethnique ou religieuse, avec des habits, des couvertures et des colis alimentaires. Elle aide aussi en fournissant des soins médicaux, des logements, une aide au loyer, du mazout, de l’instruction et des conseils pour affronter la dépression et le deuil.

Lana fait elle aussi partie des bénéficiaires. Elle avait quatre ans et dormait dans l’appartement de sa famille dans la zone de Sheikh Abou Bakr à Alep quand un obus est tombé à proximité, explosant à grand bruit. Sa mère Saideh, s’est alors précipitée dans la chambre à coucher pour voir si tout allait bien pour elle et sa plus jeune sœur Diana.

« Diana pleurait, mais Lana était assise sur son lit les yeux grands ouverts, sans voix », relate Saideh. « J’ai essayé de lui secouer les épaules tout en pleurant et en l’appelant par son nom, mais Lana semblait très distante, comme si son âme s’était détachée de son corps. »

Lana venait de perdre la parole. Pas moyen pour ses parents de l’aider. Les infrastructures de Sheikh Abou Bakr avaient été détruites, les routes parsemées de décombres et d’eaux usées.

Le mari de Saideh est ouvrier du bâtiment et travaille souvent loin de chez lui, partant parfois tôt le matin pour ne revenir que le jour suivant. Elle se retrouve alors seule pour prendre soin de ses deux filles et de leur petit frère.

« Avant, Lana savait parler normalement comme les autres enfants de son âge », raconte Saideh. « Elle disait ‘maman’ et ‘papa’ et beaucoup d’autres phrases.  Mais après le bombardement, tout a changé. »

Deux années se sont écoulées, mais Lana ne faisait pas de progrès. Et c’est là qu’un centre de soutien psycho-social de Caritas a ouvert dans la zone. Quand l’équipe est venue la voir, Saideh a immédiatement salué l’idée de faire fréquenter le centre à Lana, dans l’espoir de la faire reparler.

Au début, l’équipe avait des problèmes avec Lana, parce qu’elle n’arrivait pas à rester tranquillement assise, mais lentement, elle s’est faite plus calme et a réussi à mieux socialiser avec les autres enfants. Un jeu en particulier semble l’avoir aidée à améliorer ses capacités de locution : chaque enfant doit y exprimer un mot par des gestes et des mouvements, pour le faire deviner aux autres enfants. L’équipe demande ensuite à cet enfant d’épeler le mot lentement.

« Quand ça a été au tour de Lana d’y jouer, après plusieurs essais et à notre grand étonnement, elle a réussi à dire le mot ‘œuf’! », dit Pierre, membre de l’équipe psycho-sociale. « C’est là que Lana a recommencé gentiment à parler. »

Lana started speaking again after attending psycho-social support run by Caritas Syria

Lana

Caritas, réalisant que Lana avait besoin de plus d’aide, a trouvé un logopédiste pour la stimuler.

« Je souhaite remercier Caritas pour tout ce qu’ils ont fait pour ma fille, dit Saideh. « Ils se tiennent à ses côtés pour l’aider à reparler. »

« Ils l’ont aussi inscrite à des cours de prononciation, ce que je n’aurais jamais pu lui payer moi-même », ajoute-t-elle. « Mon mari et moi, nous arrivons à peine à nourrir nos quatre enfants. »

Caritas aide les familles telles que celles de Fowziah et Saideh partout en Syrie.

Khalifeh, un fermier qui a été contraint par la guerre de fuir sa ville natale de Hassakeh, est parti avec sa famille à Tartous. La vie y était difficile, mais ils ont trouvé un bâtiment inachevé dont ils ont fait leur nouvelle demeure. Le propriétaire leur a permis d’y vivre, pour protéger l’édifice des éventuels voleurs. Pour subvenir aux besoins de sa femme et de ses trois jeunes enfants, Khalifeh pouvait gagner un salaire journalier en travaillant au marché dès qu’il était appelé.

Mais un jour, après avoir appris que leur domicile à Hassakeh avait été détruit, Khalifeh a eu une attaque cardiaque. Il a été emmené à l’hôpital, où il a subi une intervention chirurgicale d’urgence ; mais sa famille ne pouvait pas en payer la facture.

Son frère a alors contacté Caritas qui, avec d’autres agences humanitaires, a payé les frais d’hospitalisation. Ils ont aussi aidé à payer le mazout durant les mois de rétablissement de Khalifeh.

Caritas Syria helped Khalifeh after his heart attack.

Khalifeh

Il ne peut hélas plus travailler aussi dur qu’avant son attaque cardiaque, mais maintenant, il gagne un peu d’argent en nettoyant les escaliers et les appartements des voisins.

« Je travaille autant que je peux », dit Khalifeh. « Parfois, je ne m’achète pas mes médicaments parce que je dois acheter à manger à mes enfants affamés, mais au moins je sens maintenant que quelqu’un est à mes côtés, si la vie se fait trop difficile. Et ce quelqu’un, c’est Caritas. »

Mohamed, qui vit avec sa famille à Hassakeh, est lui aussi reconnaissant pour l’aide de Caritas. Ses quatre enfants souffrent tous d’hémolyse, un trouble sanguin nécessitant des soins médicaux réguliers.

Mohamed travaille à toute heure et fait n’importe quel boulot – peintre, porteur de charges, chauffeur – pour essayer de s’occuper de ses enfants, qui ont entre deux et huit ans.

Mais, dit-il, il était impossible de couvrir les factures des transfusions sanguines, des consultations médicales et des médicaments. « Parfois, ma femme et moi devions décider lequel de nos enfants était le plus mal en point et n’amener que celui-là chez le docteur, parce qu’on ne pouvait se permettre une consultation pour les quatre à la fois », raconte-t-il.

Toutefois, un membre de sa famille lui a parlé de Caritas et à présent, leur situation s’est améliorée. « Caritas couvre près de 80% des frais médicaux de mes enfants », dit sa femme, Fatima.  « Avant, on devait parfois emprunter de l’argent pour payer les traitements, mais maintenant on n’a plus à s’inquiéter de ça. »

Mohammed's children can play with their friends thanks to help from Caritas Syria

Les enfants de Mohammed

Claudia, une travailleuse de Caritas à Hassakeh, dit que l’équipe continue de rendre visite aux familles pour vérifier l’état de santé des enfants. Elle dit : «  On est contents quand les enfants sont de nouveau en pleine santé et qu’ils jouent avec leurs copains dans la rue. »

Au cours de la dernière année, Caritas a aidé 850 000 personnes en Syrie, dépensant 87 millions d’USD d’aide.