Le financement climatique échoue auprès des plus vulnérables,

annonce le nouveau rapport de Caritas en Océanie

« Terriblement inadéquat » est le bilan que fait un nouveau rapport de Caritas de l’état des fonds mondiaux destinés aux personnes les plus vulnérables touchées par le changement climatique dans la région du Pacifique.

En dépit des sommes importantes annoncées lors de réunions internationales de haut niveau, les personnes les plus touchées sont encore délaissées.

« Le changement climatique se passe ici et maintenant », souligne Julianne Hickey, Directrice de Caritas Aotearoa Nouvelle-Zélande. « Le financement climatique mondial doit profiter aux personnes qui souffrent en première ligne. »

Les communautés d’Océanie cherchent des moyens de s’adapter à une planète en mutation mais leurs projets nécessitent impérieusement des processus plus simples pour accéder aux fonds.

Le Rapport de Caritas sur l’état de l’environnement en Océanie pour 2018, intitulé Waters of Life, Oceans of Mercy (Les eaux de la vie, des océans de miséricorde) retrace l’impact de cinq grands problèmes environnementaux sur la vie des populations : parallèlement au problème du financement climatique, l’érosion des côtes et l’élévation du niveau de la mer, l’accès des populations à la nourriture et à l’eau, des conditions météorologiques extrêmes et enfin, l’exploitation minière et l’utilisation intensive des terres.

Lisez Waters of Life, Oceans of Mercy

L’impératif de 1,5 degré

Vulnerable coastal homes in Papua New Guinea. Photo: Adrian Watson

Maisons côtières vulnérables en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Photo : Adrian Watson.

La réalité de la lutte contre le changement climatique fait des habitants des Îles du Pacifique dont l’existence même est menacée, un système d’alerte précoce pour le reste de la planète, une sorte de « canaris dans la mine de charbon ».

Le rapport de Caritas a été publié le 4 octobre, juste avant que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ne publie son Rapport spécial sur les effets d’un réchauffement planétaire de 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels.

« De nombreuses communautés ont été touchées par des phénomènes météorologiques extrêmes et violents », explique Julianne Hickey. « Pour nous en Océanie, l’objectif de 1,5 degré est un impératif de survie. »

Le rapport exhorte le monde à écouter l’Océanie lors de la conférence des Nations Unies sur le climat qui se tiendra en Pologne en décembre prochain (COP24). Caritas demande en particulier à la Nouvelle-Zélande et à l’Australie d’agir plus rapidement pour augmenter le financement climatique, réduire les émissions et s’adapter au changement climatique.

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« Avant nous avions un jardin mais il y a tant d’inondations que tout a disparu. »

Malia Masoe (centre) and her family experience frequent flooding in their home. Photo: Caritas

Malia Masoe (au centre) et sa famille subissent de fréquentes inondations chez eux. Photo: Caritas.

Les témoignages recueillis par Caritas parlent de l’augmentation des ondes de tempête et des grandes marées inondant les maisons et détruisant les cultures par l’eau salée. L’érosion des côtes et la montée du niveau de la mer forcent de nombreux habitants des côtes du Pacifique qui dépendent de l’océan pour leur survie, à quitter les maisons et les terres qu’ils avaient depuis des générations.

Malia Masoe, de la vallée du fleuve Vaisigano aux Samoa, fait partie des 27 000 habitants de ce bassin fluvial dont les habitations et les terres sont extrêmement vulnérables aux inondations.

Lorsque les tempêtes frappent, l’infrastructure de drainage ne peut pas faire face. Pour aggraver les choses, près du tiers de la végétation a été détruite par le développement urbain de ces trois dernières années, ce qui augmente les risques d’inondation. « Même s’il ne pleut que pendant une heure, l’eau rentre dans la maison », explique Malia.

L’autosuffisance pour survivre

Caritas Tonga and the Tongan National Youth Council distributed food, water and other supplies immediately after Cyclone Gita. Photo: Caritas

Caritas Tonga et le Conseil national de la jeunesse des Tonga ont distribué de la nourriture, de l’eau et d’autres provisions immédiatement après le cyclone Gita. Photo : Caritas.

Le cyclone Gita de février 2018 a été la tempête la plus puissante jamais enregistrée aux Tonga. Il a détruit plus de 4500 maisons, touchant 80% de la population. Mais les habitants se sont formés aux situations d’urgence et les plans d’intervention en cas de catastrophe se sont immédiatement imposés.

« Nous avons pu nous mobiliser très rapidement pour distribuer d’urgence les provisions nécessaires », déclare Amelia Ma’afu de Caritas Tonga. Des bâches, des bidons d’eau et des kits d’hygiène avaient été entreposés, prêts à l’emploi. Les projets pilotes de construction de maisons robustes ont prouvé leur efficacité et les familles en sont sorties indemnes.

Le rapport témoigne des solutions pragmatiques trouvées par les populations pour renforcer leur résilience au changement climatique et protéger leur environnement. « Ils ne restent pas assis, à attendre du soutien », déclare Amelia.

Un projet d’énergie propre soutenu par Caritas aux Îles Salomon a permis d’alimenter la zone en électricité 24 heures sur 24 au lieu des 3 heures par jour d’énergie générée par le diesel. Aux Fidji, un système de barrages et de réservoirs comprenant une centrale hydroélectrique et des panneaux solaires apporte à la fois de l’eau douce et une alimentation électrique durable aux populations locales. Ce projet a également vu la plantation de 13 000 arbres feuillus qui permettront d’éliminer environ 50 000 tonnes de CO2 de l’atmosphère.

À Mitimiti, un village isolé de Nouvelle-Zélande, un groupe qui prend soin des côtes s’est installé dans les dunes pour contribuer à ralentir l’érosion. « Nous devons agir et réagir aux changements qui se produisent dans notre environnement », déclare Ana Bercich, membre du groupe.

 « Une fois le poisson parti, je ne savais plus quoi faire ni où aller. »

Caritas documente le témoignage local des pratiques telles que l’exploitation minière irresponsable, l’exploitation forestière et l’accaparement des terres pour les plantations d’huile de palme, qui aggravent les effets des évènements climatiques violents et mettent en péril l’approvisionnement traditionnel en eau et en nourriture des habitants autochtones.

À Solosolo (aux Samoa), l’enlèvement généralisé de sable par l’industrie de la construction frappe durement les familles rurales, provoquant des inondations, de la pollution, la perte de terres et de la biodiversité. « La pêche était ma seule source de revenus », explique le pêcheur Sautupe Iosua, qui a vu les stocks de poissons décliner de manière radicale à mesure que l’extraction du sable se poursuivait. Il n’a pas d’autre moyen d’existence et subsiste maintenant avec le peu d’aliments qu’il fait pousser.

At this year’s Caritas Oceania Forum hosted by Caritas Aotearoa New Zealand. Photo: Mareta Tanu

Au Forum de Caritas Océanie de cette année, organisé par Caritas Aotearoa Nouvelle-Zélande. Photo : Mareta Tanu.

Waters of Life, Oceans of Mercy (Les eaux de la vie, des océans de miséricorde) raconte l’histoire humaine de l’impact du changement climatique et de l’utilisation abusive des terres sur des populations dont la survie et l’identité culturelle dépendent des océans, de l’eau douce et de terres saines.

Lisez Waters of Life, Oceans of Mercy

Il montre comment les populations vont de l’avant avec leurs propres solutions, même si elles ont du mal à accéder aux fonds dont elles ont besoin. Souvent éloignées et isolées, ces communautés sont les premières à subir le changement climatique et elles ont besoin du soutien et de l’attention du monde entier.

« C’est de nos maisons qu’il s’agit », déclare Mgr Peter Loy Chong, Archevêque de Suva, aux Fidji. « Mon peuple sanglote ; qui va sécher ses larmes ? »