L’aide aux mineurs à risque au Maroc

Pour ces enfants, l’émigration offre une alternative à leur mode de vie, une opportunité, un espoir. Mais en même temps, ils mettent aussi en grand péril leur existence.

Pour ces enfants, l’émigration offre une alternative à leur mode de vie, une opportunité, un espoir. Mais en même temps, ils mettent aussi en grand péril leur existence. Photo par Caritas Espagne

Antonillo Jimenez est un expert des questions liées à la migration infantile, qui enseigne aux Universités de Huelva et de Séville, en Espagne. Il nous parle ici de ce qui peut être fait pour minimiser les risques pour les enfants migrants du Maroc.

Quels sont les risques les plus importants ?

Les facteurs de risque les plus fréquents sont la pauvreté, la situation familiale, et le pouvoir des médias, alors que les facteurs de protection sont l’éducation, la culture, et l’action efficace des employés sociaux.

Dans des pays comme le Maroc, le haut taux de chômage et les bas revenus sont à la base de beaucoup de ruptures familiales. Beaucoup d’enfants se voient contraints de commencer à travailler dans les rues dès leur plus jeune âge, pour aider à soutenir leur famille. Souvent, ils interrompent leur écolage. Dans des villes comme Tanger et Tétouan, on peut voir les risques auxquels les garçons et les filles des familles aux faibles ressources sont exposés tous les jours. Certains mineurs migrent vers l’Europe tout seuls. Pour ces enfants, l’émigration offre une alternative à leur mode de vie, une opportunité, un espoir. Mais en même temps, ils mettent aussi en grand péril leur existence.

C’est difficile, dans un pays comme le Maroc, qui alloue peu de ressources financières aux initiatives sociales pour les enfants à risque. Le système d’éducation publique du pays ne garantit pas l’accès à une formation professionnelle, si bien que beaucoup d’élèves quittent l’école avec peu ou prou de qualifications professionnelles. Les centres de réception existant pour les mineurs à risque sont insuffisants. Beaucoup n’ont pas les ressources financières de base. Ces centres n’ont souvent pas d’éducateurs parce que la paie est trop basse, si bien que les enfants se retrouvent sous la protection d’enfants plus âgés.

Toutefois, des organisations comme l’Association pour la Protection des Enfants et pour la Sensibilisation des Familles (APISF), basée à Tétouan, travaille pour les enfants désavantagés, accueillant ceux qui ont des problèmes familiaux et sociaux et les aidant à envisager des alternatives à l’émigration.

Qu’en est-il des projets d’insertion sociale ?

Depuis décembre 2012, il y a eu pas moins de six Réunions internationales avec des mineurs en situation à risque à Tétouan, qui avaient pour but de proposer et d’élaborer des projets d’insertion sociale. Il s’y est parlé des systèmes de protection de l’enfant au Maroc et en Espagne, de programmes pour les enfants des rues marocains, des mineurs roumains gitans et des enfants à la frontière entre le Mexique et les États-Unis, des capacités éducatives et sociales requises pour œuvrer auprès des enfants en situation à risque.

Ces projets fournissent des expériences de formations novatrices, qui rapprochent les universités de la réalité sociale, afin que les étudiants qui étudient pour obtenir un diplôme dans l’éducation sociale, par exemple, puissent connaître le contexte d’origine des migrants mineurs auxquels ils seront ensuite confrontés dans le pays hôte. Les étudiants vivent aux côtés des enfants tout au long de la période, combinant la théorie à la pratique. En plus de cela, 50 pour cent des revenus de cette initiative sont usés pour financer en partie des programmes sociaux avec les mineurs à Tétouan.

Une des choses qui est ressortie de ces réunions est la différence de comportement entre les mineurs accueillis dans des centres marocains et ceux qui ont émigré. Dans le pays hôte, ils ont peut-être davantage accès aux ressources sociales, mais dans leur pays d’origine ils ont toujours la chaleur de leur peuple, leur langue, leur religion, tout ce qui aide à maintenir une claire identité culturelle.

Le dialogue interculturel peut faire tomber tout type de barrière, de préjudices, et de stéréotypes. Quand les employés sociaux et les professionnels de l’éducation sont familiers in situ avec la réalité sociale des enfants avec lesquels ils travaillent journellement, ils ressentent une grande empathie envers eux. Et rien n’est plus important pour des enfants vivant dans un pays qui ne leur est pas familier que de sentir que d’autres personnes s’intéressent à leur culture.

Qu’est-ce qui peut être fait pour minimiser les risques affrontés par les enfants migrants ?

À part les initiatives d’éducation sociale, il est important de réduire et d’atténuer les risques auxquels sont exposés les mineurs dans leur pays d’origine, durant le voyage migratoire, et dans leur pays hôte.

Les autorités locales doivent s’assurer qu’il y ait des centres où les mineurs peuvent aller, seuls ou avec un adulte, pour avoir de la nourriture, pour l’hygiène et pour des vêtements. Un certain degré de couverture policière devrait être garanti dans les zones périphériques où les enfants des rues passent normalement la nuit, pour les protéger des agressions.

Les politiques gouvernementales, dans le pays d’origine et celui hôte, doivent changer substantiellement. La protection de l’enfant doit être centrée sur la famille, les écoles et les installations de réception. Les familles devraient recevoir un soutien plus important de la part de l’État, en particulier en termes de ressources financières.

Les pays européens devraient entrer dans des accords cohérents de collaboration avec le Maroc, en créant des voies pour l’intégration professionnelle des jeunes gens, de préférence dans le pays d’origine, mais aussi dans d’autres pays. Ainsi, les ressources financières que les pays européens allouent à la protection de l’enfant mettraient davantage l’accent sur les politiques éducatives plutôt que sur la limitation. Il n’y a pas de meilleure incitation pour les jeunes gens à ne pas quitter leur pays que de faire en sorte qu’ils sachent qu’il y a des perspectives professionnelles dignes dans leur propre pays.

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